Pourquoi ?
Il me reste peut-être un ou deux jours à
vivre,
Personne n'est venu... Je sais, je vais
mourir...
Dans ma tête de chien, j'ai tant de
souvenirs
Et j'étais si heureux au temps où
j'étais libre...
Je vous aimais pourtant... J'étais bien
près de vous
Et les enfants m'aimaient, moi aussi je
l'avoue,
Et je cherchais toujours à vous faire
plaisir,
Attentif comme un chien à vos moindres
désirs...
Je vous aimais depuis presqu'une vie
entière,
Sept ans, je m'en souviens, et c'était
merveilleux...
Vous m'avez "balancé" à travers
la portière
Et je n'ai pas compris. C'était peut-être
un jeu...
Vous avez disparu au loin sur l'autoroute
Et je suis resté seul, me traînant au
fossé,
Le c¦ur désespéré et l'esprit en
déroute,
Gémissant de douleur sous ma patte
cassée...
J'ai fini au refuge où j'attends chaque
jour
Qu'on vienne me chercher pour tout
recommencer...
Je ne vous en veux pas. J'ai pour vous tant
d'amour
Qu'on sera bien chez nous comme par le
passé...
Je voudrais tant revoir mes petits
compagnons,
Annie qui m'emmenait si souvent en balade,
Et François dont j'étais le meilleur
camarade
Et qui disait toujours que j'étais si
mignon...
La nuit tout doucement a envahi ma cage...
C'est vrai, je vous aimais et je vous aime
encore,
Je ne dormirai pas et j'attendrai l'aurore,
En guettant tristement à travers le
grillage...
Et puis, quoi qu'il arrive, n'ayez pas de
remords,
Au bout de mon amour, je vous offre ma
mort...
Vous pouvez à loisir vous dorer sur les
plages,
J'entends venir quelqu'un...
Il vient d'ouvrir ma cage...
Un moment après, le petit chien est mort,
victime de la cruauté et de l'ingratitude des hommes
Les Couleurs du Temps (Marc-Antoine CIANFARANI © 1997)
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